IMPRESSIONS
Le plus beau parcours souterrain...

Après s'être équipé au bord de la route, nous traversons l'Aude sur un petit pont, attention ça glisse ! et attaquons une montée raide qui, en vingt minutes, nous amène 80 mètres plus haut, sous le porche d'entrée de la grotte.

Dernières recommandations de l'accompagnateur et nous franchissons une première porte. Devant nous, une grande galerie s'enfonce droit dans la montagne et aboutit à une salle de 40 mètres de diamètre, la Grande Salle. Nous sommes dans la partie aménagée au début du siècle.

Aujourd'hui, nous délaissons ce réseau au profit d'une étroite galerie qui s'ouvre à gauche. Elle s'élargit très rapidement et pendant que le plafond s'élève loin au-dessus de nos têtes, le plancher se perce d'un puits profond que nous franchissons par la droite sur des corniches terreuses.

Bientôt, les premières concrétions apparaissent. Elles sont massives, noires, salies. Une chronique locale nous signale l'incendie de la Forêt des Fanges, au début du siècle dernier : "...le feu était tel que dans toute la vallée le ciel est resté noir pendant six jours..." La Forêt des Fanges est située à quelques kilomètres de la grotte de l'Aguzou et les spécialistes supposent que les cendres déposées par ce gigantesque incendie pourraient bien être responsables de la couleur noire des premières concrétions de la grotte.

Quelques dizaines de mètres plus loin, à un mètre cinquante du sol, s'ouvre une seconde porte, elle marque la frontière entre Aguzou 1 et Aguzou 2. Imaginons la joie des spéléologues lorsque, après avoir longuement désobstrué ce passage, ils ont réussit à pénétrer dans la suite de la grotte : une grande diaclase, plus haute que large, au sol irrégulier et qui se poursuit à perte de vue.

Très rapidement, un premier obstacle se présente devant nous, un ressaut de 3 mètres. Trente ans après les inventeurs, nous y descendons facilement grâce à un échelle en métal. Plus loin, le concrétionnement abondant a rétréci la galerie et la suite est à deux mètres du sol. Une autre échelle est vite gravie et c'est l'impressionnante arrivée en balcon dans la salle de la Découverte une salle grandiose décorée de stalagmites massives de 10 mètres de haut.

Les faisceaux de nos lampes de mineurs percent difficilement l'obscurité. D'énormes draperies nous laissent deviner le plafond à plus de 25 mètres au-dessus de nos têtes.

Quelques passages en escalade, une courte galerie, un petit ressaut et à nos pieds s'ouvre un puits de 10 mètres. Une mince échelle d'acier file dans le noir. Chacun à son tour, assuré par l'accompagnateur, nous descendons en toute sécurité le long d'une magnifique coulée de calcite.

Il y a déjà deux heures que nous "crapahutons" et les petites difficultés que nous venons de passer n'en rajoutent que plus au dépaysement. L'Aguzou est une grande grotte, l'Aguzou est l'antithèse de la caverne touristique, l'équipement réduit au minimum nous donnent l'impression de marcher sur les pas des premiers explorateurs.

Plus loin sur la gauche, une échelle de 5 mètres nous aide à rejoindre une galerie remontante, passage vers la salle du Minaret. D'ampleur égale à la salle de la Découverte elle est tout autant concrétionnée. D'énormes blocs éboulés rendent difficile notre cheminement. Nous progressons par la droite, contournant une énorme et élégante stalagmite qui justifie le nom de cette salle.

Il faut chercher la suite 10 mètres au-dessus, au sommet d'une immense cascade de calcite. Dernière et rude difficulté pour les inventeurs qui allaient découvrir en haut de cet obstacle, le joyau de la grotte de l'Aguzou. Pour nous, une échelle fixe équipée d'une main courante et judicieusement installée, nous hisse au niveau de la Salle à manger, vaste espace au sol plat.

Perspective alléchante, une tente abritant tables et tabourets va nous offrir le cadre d'un moment de repos et de convivialité ; un café ou un thé chaud nous est offert avant de reprendre l'exploration. Il est même possible d'aller... au petit coin !

Il est 14 heures, les difficultés de parcours sont finies et la galerie qui suit restera horizontale. Un pétillement de cristaux tapisse les parois, le sol et la voûte. Lors de la découverte, il fallut sacrifier un passage pour avancer dans cette géode. Les inventeurs se suivirent donc, bottes à bottes, salissant uniquement une étroite bande nécessaire à la progression.

Cet itinéraire est maintenant matérialisé par deux fines bandes de chantier entre lesquels nous cheminons. La galerie des Fleurs offre un parterre de magnifiques gours s'imbriquant sur plus de 200 mètres de long. D'énormes cristaux ont poussé au fond de ces vasques, certains présentent de délicats triangles creux.

Ailleurs, de longues fibres blanches d'aragonite côtoient l'une des plus riches et des plus variées "collection" d'excentriques que l'on connaisse. La salle des Mille et une Nuits, la salle de la Couronne de la Reine se succèdent dans un enchantement des yeux et de l'esprit. Lorsque nous retrouvons le jour vers 17 heures nous n'avons pas l'impression d'avoir passé 8 heures sous terre, à part peut-être quelques tiraillements dans les muscles des jambes, dernier souvenir d'une très belle exploration dans les entrailles du Pays de Sault.

 

La première partie, plutôt sportive demande un minimum de forme physique, cet effort n'en rend que plus magnifique la découverte des galeries blanches. La richesse exceptionnelle du concrétionnement est telle que la grotte est protégée et classée depuis 1990.

Sous la responsabilité d'un Conservateur, elle fait aujourd'hui l'objet d'un contrôle régulier. La protection a été effective dès la découverte et nous ne pouvons que féliciter la famille Bataillou, ainsi que Philippe Moréno, l'actuel Conservateur, de la ténacité et de la volonté qu'ils ont mis en œuvre pour conserver à ce monde minéral sa pureté des origines.

L'accompagnement est solide, les guides, spéléologues confirmés, sont compétents, rassurants et surtout... patients. Une exploration à la Grotte de l'Aguzou restera pour chaque participant une expérience inoubliable.

 

 

Pierre Vennarecci - Spéléologue pyrénéen - 19 janvier 1996

 


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