HISTORIQUE
L’influence des géographes

L’originalité de la karstologie française tient à un parcours complexe. À coté des géologues-spéléologues qui ont imprimé une marque forte dans l’histoire de la spéléologie scientifique française, il faut signaler l’influence de plus en plus importante des géographes dont certains ont lancé une karstologie faisant la relation entre la géomorphologie de surface et les cavités tout en insistant sur l’influence du climat sur les formes karstiques.

Les années 1970

À partir des années 1970, les hydrogéologues français ont surtout insisté sur l’analyse systémique avec la notion de “système karstique”. À cet égard, il faut souligner le rôle important du laboratoire souterrain du Centre national de la recherche scientifique (C.N.R.S.) à Moulis en Ariège.

Ce n’est qu’après le milieu des années 1970 que la karstologie française profite réellement des acquis de la spéléologie avec l’explosion des explorations liées aux techniques alpines ; on voit aussi apparaître une nouvelle famille de chercheurs, les spéléo-karstologues, qui ancrent leurs travaux à partir des études souterraines et une comparaison surface-profondeur.

L’évolution récente

À partir des années 1980, l’accent est mis sur l’endokast qui est considéré comme le milieu enregistreur à l’abri de l’érosion externe, contenant les indicateurs de l’évolution de l’environnement. Peu à peu quaternaristes et préhistoriens commencent à saisir l’intérêt de telle études. Rappelons l’importance de la méthode de datation U/Th sur les concrétions de calcite développé d’abord au Canada, puis en Grande-Bretagne, en France, en Belgique.

Depuis les années 1990, les travaux se multiplent dans le domaine des sédiments souterrains et des concrétionnements superficiels (travertins) et souterrains (spéléothèmes).

Actuellement, il est possible d’étudier des coupes sédimentaires hypogées qui peuvent avoir valeur de référence sur le plan régional. Grâce à la chronologie isotopique océanique et aux modèles astronomiques, on sait qu’il existe des changements climatiques globaux bien enregistrés par les tests carbonatés des organismes marins tels que les foraminifères.

Ainsi, l’étude séquentielle des remplissages souterrains associant dépôts laminés et concrétionnements, conjugée à la radiochronologie sur calcite (U/Th, C14) permet de retracer l’évolution des climats et des déstabilisations du milieu.

Les données bioclimatiques

Les travaux géomorphologiques actuels prennent en compte beaucoup plus de paramètres qu’autrefois. Par exemple, on sait que les données bioclimatiques actuelles se superposent avec la tectonique et les paléoclimats. Ainsi, bien des karsts méditerranéens sont des karsts ayant évolué sous climat tropical au cours du Tertiaire.

En fonction des mouvements tectoniques différentiels, certains sont actuellement fossilisés par les sédiments sous la Méditerranée, d’autres ont été plus ou moins aplanis, puis soulevés et même influencés par les processus périglaciaires au cours du Quaternaire.

Vers quelle Karstologie ?

La karstologie française actuelle est multiforme. On assite de plus en plus à une spécialisation indispensable pour le progrès des connaissances. Parallèlement, on observe des études à la fois spécialisées et globales qui tentent d’appréhender le fonctionnement du karst dans le temps court et le temps long.

Les relations entre l’homme et le karst sont également de plus en plus étudiées. Pour l’Holocène et la période historique, on commence à analyser finement l’enregistrement du signal anthropique (brûlis, déforestation, érosion des sols) dans les concrétions et les dépôts détritiques rythmés.

 

 

Texte de Richard Maire, Institut de Géographie, Bordeaux

Extrait de "Spelunca Mémoires" n°23 - Année 1997


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